Where the fuck is la Saint Valentin de mes 15 ans ?
La Saint-Valentin, c’est un peu comme les anniv’, Noël et le jour de l’an, plus on vieillit moins, on s’y intéresse.
Elle était pourtant bien cette époque pleine de naïveté adolescente où l’on attendait avec impatience d’offrir le cadeau qui nous avait couté 100 francs (un bras) à notre amoureux. C’est qu’on savait célébrer quand on avait 15 ans ! On se creusait les méninges pour le surprendre, l’étonner, le faire rêver, notre idiot acnéique pré-pubère. Et si on était fauchée, on se rabattait sur le home made. On bricolait, on dessinait, on collait, on s’appliquait.
Et surtout, on avait pas peur des grands mots. Non. On citait dans nos poèmes enflammés, tour à tour Baudelaire et Cobain (parfois même, les deux, dans une seule phrase.)
On n’hésitait pas à comparer notre amourette juvénile à l’histoire de Sand et Musset…
Oui, parce nous, nous savions déjà tout de l’amour. Nous, on aimait fort. Vraiment fort.
Nos poèmes étaient légèrement embrumés, comme notre esprit par ce petit joint que l’on fumait à la sortie du Lycée. Car derrière cette apparente insouciance, on était quand même un peu désillusionnés; Tout d’abord, parce que « Grunge is Dead », mais aussi, parce qu’on ne voulait pas ressembler à nos parents, ces vieux couples, au mieux usés, quand ils n’étaient pas divorcés.
Nous, on était amoureux, désillusionnés, oui, mais Amoureux. Et autant que ça se sache !
Puis, de nouvel amour en nouvel amour, sans que l’on ne s’en rende vraiment compte, nos poèmes, comme nos colliers de nouilles, ont laissé place aux restaus, aux spectacles, à la dernière montre Starck. Plus de poètes maudits, nous sommes devenus des consommateurs pressés. Aller au plus rapide, à l’efficace. La Saint-Valentin ? Check !
Avant d’en arriver là, il y en a pourtant eu quelques jolies tentatives. Comme la fois où l’on a pris trois heures de cours dans une école de strip près de la Bastille, après avoir fait des folies chez Chantal Thomass, et qu’on a gentiment exécuté notre petite choré mille fois répétée, devant l’amoureux hébété.
On avait 18 ans, on était belle, folle d’amour, et espiègle.
A 20 ans, il y a eu ce diner à La Closerie des Lilas. Toujours amoureuse (mais d’un autre), on était fière de ce diner d’amoureux presque matures, de cette Saint-valentin comme les grands. Indépendance mon amour… Et pourtant, nous recommençions déjà à imiter nos parents.
Heureusement, devenir un adulte accompli n’est pas chose facile ; Et c’est ainsi que l’année suivante, décidée à jouer les cordons bleus, on était du supermaché avec un homard pour régaler le nouvel élu. Bien entendu, la bête ne rentrait dans aucune de nos casseroles estudiantines, et incapable de le découper vivant pour le faire tenir dans l’une d’elles, encore moins capable de l’assommer, le malheureux crustacé avait fini dans la baignoire. On avait bien pensé le rapporter au poissonnier le lendemain, ne sachant pas quoi en faire, mais il est mort pendant la nuit.
Après, il a eu les autres Saint-Valentin, celles avec des bagues, des hommes à genoux (pas moins de trois), des demandes en mariages, et des « Oui » tellement sincères à chaque fois… avec le cœur qui manque de lâcher. Puis finalement, des disputes, des séparations, et pas de mariage. Aucun. Une bague reprise, une bague rendue et une autre perdue.
Elle est où la Saint-Valentin de nos 15 ans ? Celle où l’on s’est vue offrir ce petit pendentif cœur (qui-se-sépare-en-deux-et-qu’on-en-garde-chacun-un-bout), cette Saint-Valentin pleine de projets et d’espérance… Celle où tout était possible ?






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