Aidez-moi à sauver les Aristocrafts ou à faire le deuil, vraiment.
En 2006, après avoir trainé mes fesses en Deug d’Histoire, en prépa d’art d’appliqués, en école de communication visuelle, aux beaux arts de Versailles et en Master métiers de la Culture, j’ai décidé qu’il était temps d’arrêter d’étudier.
J’avais cumulé des diplômes qui me confortaient dans la certitude que je ne savais rien, et des stages à 700 euros, juste faits pour vous presser le cerveau comme un citron avant de vous coller un nouveau stagiaire à former.
Peut-être que j’aurais dû, comme mes amis, faire une école de commerce, mais à l’époque, j’étais fière d’avoir choisi le savoir universitaire contre leur cours de compta et marketing qui me semblaient bien sordides.
Quand je vois aujourd’hui des jeunes de 23 ans, fraichement sortis d’ESC partir, confiants, à la conquête du monde, s’expatrier, ou intégrer des cabinets de conseil, je me dis que finalement, je n’ai certainement pas fait les meilleurs choix. Mais voilà, on ne se refait pas. I am what i am, comme elle dit, Gloria Gaynor.
2006, c’est pour les plus vieux, la grande époque de La Fraise. Ah, Patrice Cassard, l’idole d’une génération, avec son blog du patron et @Larcenette. De plus, dans mon petit monde versaillais, je fréquentais des gens aussi marginaux que visionnaires et notamment, @Mathilde (créative, réactive et passionnée), qui lançait à cette époque Bagatelles.
Il y avait dans l’air comme une folle envie d’entreprendre, pas forcément de révolutionner le monde, comme des Granjon ou des Simoncini, mais une envie d’indépendance, une envie de créer, de travailler pour soi, même si c’était comme des chiens. C’téait aussi l’époque des premiers apéros web entrepreneurs chez Hadrien, qui avait quitté Versailles pour ouvrir L’Assassin.
Je sentais que c’était le moment, presque trop tard d’ailleurs, mais je voulais m’y risquer. Si je me plantais, je pourrais toujours vendre mon échec entrepreneurial comme une expérience, un apprentissage. J’étais jeune, je pourrais me retourner.
C’est à cette époque que sont nés Les Aristocrafts.
J’étais entourée de nombreux créatifs, artistes, artisans. Des personnes talentueuses, mais qui ne vivaient pas de leur art. Ils vendaient leurs créations ( du tableau à la sculpture ou au tricot) sur Ebay. Une plateforme qui n’était pas du tout adaptée à ce genre de produits, et qui ne visait pas la bonne cible. Les plus téméraires, (geeks à leurs heures perdues) vendaient leurs créas sur leur propre blog. Des blogs souvent moches, sans réelle solution de paiement en ligne, de gestion de stocks. Bref, du bricolage.
Il n’existait pas à l’époque de site orienté vers ce commerce de niche, à par Craftiz qui fut lancé au même moment que Les Aristocrafts. Pour le reste, il y avait bien Etsy au US, et Dawanda en Allemagne, mais ils ne pratiquaient aucune sélection.
On y trouvait tant des merveilles que des horreurs.
Ce que je voulais mettre en place sur Les Aristocrafts, c’était une plateforme qualitative, où les créateurs étaient choisis avec soin, où les produits étaient bien mis en valeur, bien photographiés. Le plus, que je voulais offrir à ces artistes/artisans, c’était de les libérer totalement des contraintes mercantiles, pour les laisser s’adonner entièrement à leurs créations. Ils n’avaient en charge que l’expédition, puisque, positionnée en « apporteur d’affaires » et non en revendeur, je n’avais pas de stock. Les paiements étaient sécurisés car ils passaient par mon site, et je les reversais aux créateurs, une fois la transaction effectuée, (gardant 10 % de commissions. La mise en ligne des créas était bien sûr gratuite. Je m’occupais moi même des RP, et proposais aussi de prendre en charge le shooting produit.
Un concept qui semblait 100% gagnant, tant pour les créateurs que pour moi, et un business plutôt sympa à gérer. Là où j’ai commis une erreur de débutante, tellement sûre de la légitimité de mon site, c’est que je n’ai pas pensé qu’une commission de 10%, c’est bien pour du commerce de masse mais pas pour un business « d’esthète », surtout en temps de crise.
Ce projet a pris 2 ans de ma vie. Deux ans à y penser matin, midi et soir. Deux ans la tête sous l’eau à réfléchir encore et encore à comment, quand et pourquoi. Deux ans sans recul finalement. Cette boite a englouti toutes mes économies. J’ai fait sauter mes livrets A et B, mes plan épargne. J’étais persuadée d’être dans le vrai.
J’ai convaincu mes parents que je faisais le bon choix. Je les faisais vivre, mon mec le premier, au rythme de mes crises d’enthousiasme et de mes crises d’angoisse. J’ai crevé de faim à la fin de certain mois, mais je ne lâchais pas. J’étais allée trop loin pour renoncer. Inenvisageable.
Au lancement du site, j’étais fauchée, épuisée, mais folle de joie. Mon bébé était né, et il était canon. Malheureusement, les retards accumulés, le manque de revenus ont fait que c’est justement à cet instant que j’ai manqué de trésorerie. Après quelques passages du RSI, des frais bancaires, et même des frais d’hébergement, je me suis retrouvée rapidement en réelles difficultés financières. J’ai du commencer à accepter des missions freelance, en me promettant de ne pas me perdre et de revenir plus tard vers mon bébé.
Un jour, OVH a même fermé mon site, faute de paiement. Plus de bébé. Je l’ai remis en ligne quelques jours plus tard, mais déjà le mal était fait. Les créateurs doutaient, le banquier gueulait et le clients s’interrogeaient.
Ca fait plus d’un an que je devrais avoir déposé le bilan, mais impossible de m’y résoudre. Les frais s’accumulent et le site n’est plus du tout adapté au e-commerce d’aujourd’hui. En février dernier, j’ai suivi avec intérêt les retours d’expérience de la Fail conférence organisée chez Microsoft. La plupart des grands entrepreneurs d’aujourd’hui ont essuyé plusieurs échecs avant de réussir vraiment. Quelle force de caractère ! Moi, je suis incapable de tourner la page sur cette période de ma vie.
Aidez-moi.









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