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Des nouvelles de ma défunte tante Yvette

août 8, 2011 Sur le vif 0 Commentaire
plaque_pompes_funebres

Ma tante Yvette a toujours été une femme anxieuse.
Pourtant, elle a peu de problèmes.

Elle habite un magnifique appartement de 150 m2 boulevard Henri Martin, possède une ravissante maison sur L’Ile aux moines, un appartement à Tignes et n’a jamais travaillé. Son mari a fait fortune dans le pétrole et elle a reçu un héritage colossal de son père, un des premiers employés (et amis) de Louis Renault.

Tout cela ne l’empêche pas d’avoir une femme de ménage à temps plein et une cuisinière. Le personnel de maison, c’est son truc à Tante Yvette. Parce qu’elle est débordée :
Il faut organiser le traditionnel Noël sur l’île aux moines, Pâques et le 15 août… Et comme elle passe l’hiver à à la montagne et l’été en Bretagne, elle n’a que très peu de temps à consacrer à ses affaires.

Le jeu consiste donc à la plaindre sur son emploi du temps, ne comptant pourtant que des enterrements. Mais les enterrements, c’est aussi son truc à Tante Yvette.

Il faut dire qu’il y a 5 ans, elle s’est donnée un mal de chien pour organiser celui de l’oncle Louis, mort étouffé par un os d’un perdreau tué la veille à la chasse, et de son propre fusil.
Une véritable tragédie…

L’enterrement, quant à lui, fut une réussite : 1/4 de page dans la nécro du figaro.
Foule d’amis, et de taxis Vivaquatre (prêtés par Renault pour l’occasion) suivaient le cercueil.
Messe à l’église de Passy, avec grandes orgues, chorale, et à la sortie «  Requiem de Mozart » (le prêtre ayant refusé la musique du régiment de parachutisme dont avait fait partie le tonton dans sa jeunesse). Après le cimetière, tous les amis étaient conviés à un apéritif chez elle, suivi d’un déjeuner (très sobre) à La grande Cascade, ancien QG du défunt oncle Louis. Les serveurs étaient en larmes, les invités surexcités par les moyens mis en œuvres et l’apéritif (que du Porto, pas de Champagne, trop vulgaire) tout à son image. Bref, Une parfaite réussite !

Alors depuis, elle est devenue plus critique, la tante Yvette.
Elle court les obsèques, inquiète de voir quelqu’un faire mieux qu’elle.
Mais heureusement, pour le moment, l’enterrement de l’oncle Louis reste la référence de tout le 16e nord.
Bien entendu, c’est toujours elle la plus coquette, avec à chaque fois une nouvelle tenue, achetée pour l’occasion, mais jamais noire. Tante Yvette dit que le noir pour une femme de son age est une couleur trop dure, et que continuer à en porter est un manque de goût. Bien.

Je suis assise à une table du restaurant  La Gare, à la Muette, et comme à son habitude, tante Yvette est en retard. Pourtant, elle avait l’air bien enthousiaste ce matin quand elle m’a demandé de la rejoindre à 13h.  Elle va sûrement arriver essoufflée et excuser son retard en évoquant les terribles bouchons et le Paris d’avant qui était bien plus praticable… Car, même si elle ne cuisine pas, elle conduit, la tante Yvette.

Un quart d’heure plus tard, elle me sert donc son couplet sur un temps-que-les-moins-de-20-ans-ne-peuvent-pas-connaître, commande du vin, et m’annonce l’objet de ce rendez-vous mystérieux : Ses obsèques.

Elle m’annonce qu’elle a fait toutes les démarches et que nous sommes attendues aux pompes funèbres générales après le déjeuner. Elle veut que je le accompagne afin de choisir son cercueil, le bois, la couleur des tissus…

Je ne peux m’empêcher d’éclater de rire, ce qui l’irrite profondément.
Je m’excuse et la laisse poursuivre.

- J’ai plusieurs choses importantes à te dire. Premièrement, je me suis acheté une tenue chez Darel. Je l’ai rangée dans l’armoire, dans une housse jaune pour que tu puisses facilement t’y retrouver. Je veux la porter dans mon cercueil.
Comme en vieillissant, j’ai tendance à m’empâter, je l’ai acheté en 44 et en 46. Tu n’auras qu’à essayer les deux et tu verras laquelle me va le mieux. Il faut savoir que c’est une tenue assez ample, je ne dois pas être trop boudinée.
- … ?
- J’ai aussi fait préparer le faire part d’annonce et de remerciements. Tu n’auras qu’à ajouter la date et l’heure. Pour cela, j’ai acheté un stylo à encre rose pour aller avec la couleur de l’enveloppe.
- …??
Pour le remerciement, il n’y a pas à dater, c’est plus simple, donc j’ai déjà fermé et timbré les enveloppes. Tu n’auras qu’à les poster.

Je profite de la seconde lui servant à reprendre son souffle pour l’interrompre :
- Mais pourquoi toute cette effervescence pour votre enterrement, vous n’êtes pas encore morte, loin de là… Vous n’êtes pas malade au moins ?
- Non, ma chérie, je vais très bien, mais hier, je suis allée à l’enterrement de la pauvre Madeleine. Tu sais Madeleine, la mère de Pauline, celle qui s’est mariée avec un énarque…Oui ? Non ? Enfin bon… Madeleine n’avait rien prévu.
C’était d’un sordide…
Nous passons donc le déjeuner au rythme d’enterrements, de cercueils et de petits-fours… Un délice.

Plus tard dans l’après-midi, après avoir passé deux bonnes heures aux PFG, à hésiter pour l’intérieur du cercueil entre le satin gris qui donne mauvaise mine et le rose satiné qui faisait un peu trop maison close à son goût, tante Yvette me demande une dernière faveur : L’accompagner chez Monceau Fleur.

Elle veut commander une magnifique gerbe de fleurs, blanches et roses, avec des roses, des gerberas et des glaïeuls. Plus sympa que les cercueils, j’accepte de l’accompagner.

Mais lorsque la dame lui demande s’il s’agit d’une occasion particulière, tante Yvette répond le plus solennellement du monde :  « Oui, c’est pour des obsèques. »
Bah voyons, j’aurais dû m’en douter. Je lui demande, naïve :
- Vous avez encore un enterrement ? De qui s’agit-il ?
- Mais de moi, ma chérie, de moi…
- … ?
- Si je veux avoir les fleurs que j’aime, il faut bien que je les commande. Les gens manquent tellement de goût aujourd’hui.

La fleuriste nous regarde, interloquée. Un peu gênée, j’essaie de ramener ma vieille tante à la raison:
- Mais voyons, tante Yvette, ce sont les invités qui se chargent de l’achat des fleurs, pas les défunts. Vous n’avez qu’à me signifier ce qui vous plait, et je ferai à votre idée, c’est tout.
- Tu ne comprends pas. Je veux une magnifique gerbe posée juste derrière le cercueil avec une bannière sur laquelle on lira :
«Merci d’être venus mes chers amis. Votre Yvette»

Le rôle de TF1 et M6 sur l’évolution socio-démographique des français

août 3, 2011 Sur le vif 3 Commentaires
tf1tour

J’adore mon titre, totalement racoleur et mensonger puisque je ne vais vous montrer ni graphique ni tableau, mais que je vais simplement vous raconter l’horrible cauchemar que je viens de faire.
Tout à commencé vers minuit, où ne trouvant pas le sommeil, hantée par des préoccupations existentielles, à savoir,  que demain, faut vraiment que je passe aux impôts pour déclarer ( enfin) mes revenus 2010. Bref, encline à angoisser sévère au lieu de m’endormir, je chope mon iPad direction M6 Replay, à la recherche du navet-cliché-cheerleaders-bal de fin d’année et roi et reine de promo, pour m’anesthésier le cerveau et baver devant cet acteur américain de 20 ans, plutôt hot en capitaine de l’équipe de cross. Pas de teenage movie en vue, mais « O joie », un téléfilm au titre prometteur « La Princesse et le jardinier« .

Je lance donc mon rêve en barre. Belle vue d’un château en Suède sur un petit air de violons, titre en typo English qui apparait dans un petit faisceau lumineux comme si la Fée-marraine était de la partie, well, que du bonheur. Que m’importe d’être une nouvelle Lady Chatterley ou une princesse roturière (comprendre Le Prince et sa community manager), je m’endormirai au pays des contes de fées. Kate et Charlène n’ont qu’à bien se tenir !
Et comme prévu, après 2 « votre majesté », un « je t’aime » et une belle robe, j’avais définitivement rejoins les bras de Morphée.

… Je veux lire la suite

Lettre ouverte à Francois Hauter

juillet 27, 2011 Sur le vif 2 Commentaires
francois-hauter

Petite piqure de rappel pour celles et ceux qui n’auraient pas suivi cette affaire: François Hauter, rédacteur en chef et grand reporter au Figaro, (ex correspondant en Afrique, en Chine et aux États-Unis, il a également couvert plusieurs conflits, au Liban, au Tchad, au Cambodge et en Afghanistan) a publié vendredi dernier un article sur les femmes françaises, intitulé « Sacrées Françaises ». Un article qui a fait des vagues chez les intéressées, puisqu’elles se sont sont réduites à des parisiennes, citoyennes de seconde zone. Une caricature de connasse indécise et sans personnalité comme le souligne Gaëlle-Marie Zimmermann

Monsieur,

J’ai lu, et relu avec la plus grande attention votre article sur la femme française. Je n’ai pas voulu réagir immédiatement, redoutant que la créature imparfaite que je suis ne tombe dans les travers de la bourgeoise germanopratine  que vous dépeignez avec tant de rage. J’ai donc assommé quatre jours durant, la Parisienne militante ou cocotte boulonnaise candide qui sommeille en moi, à coup de Lexomil, afin de vous répondre le plus posément possible.

Avant tout, sachez que je suis parfaitement consciente de l’abyssal écart intellectuel et culturel qui nous sépare. Je ne suis pas grand reporter, ni même journaliste, et sans le courage et la détermination de personnes telles que vous, je ne saurais rien de la guerre, et de ce qu’il se passe au-delà de nos frontières. C’est donc avec la plus grande humilité que je vous écris aujourd’hui, mais je vous promets de le faire sans minauder, ni me cacher derrière mon masque de femme-enfant, que vous pensez si cher à la Française.

En vous lisant, je ne peux m’empêcher de penser qu’il y a comme un contentieux, un « je ne sais quoi » de pas bien réglé entre la Française et vous, et notamment avec cette femme qui habite la rue du Bac. Parce que, disons les choses telles qu’elles sont, vous ne parlez pas de la femme française dans votre article, mais bien de la parisienne qui habite la rive gauche. Un propos quelque peu réducteur pour un pays qui compte plus de 30 millions de femmes.

Vous écrivez « Lorsqu’on parle de la femme française, c’est de la Parisienne qu’il s‘agit. » Aux yeux du monde, je vous l’accorde volontiers. Nous n’allons pas demander à un New-yorkais ou un Pékinois son avis sur la Chartraine. Mais avec cette phrase, vous vous placez vous-même à la place de cet étranger, qui n’a comme connaissance de la Française que ce cliché de la femme élégante, pourtant bien ébranlé.

La question qui se pose alors est de savoir qui dans cet article nous parle de la femme française. Est-ce un Français qui les côtoie et les connaît, ou est-ce un journaliste qui, ayant passé trop de temps à parcourir le monde, ne garde d’elle, qu’un lointain souvenir mêlant tendresse et amertume ?

Parce que la Française qui porte une robe Chanel, Dior ou Saint-Laurent, ça fait déjà un bail qu’elle a pris pension aux Hespérides, et qu’elle ne quitte plus sa robe de chambre. Il serait peut-être temps de faire le deuil de Jackie Kennedy, et de vous rendre dans les showrooms de ces maisons de luxe pour leur demander le pourcentage de françaises que compte leur clientèle.

Mais le vrai problème que m’a posé votre article, c’est que je ne comprends définitivement pas où vous voulez en venir. De quelle(s) femme(s) parlez vous ? De cette horrible mégère castratrice qui vous a fait tellement haïr les femmes ? Des autres femmes qui se sont jouées de vous sous couvert de bovarysme non assumé ? Réglez-vous vos propres comptes ? À vous lire, on a le sentiment que vous ne connaissez de la France et de ses habitantes que le VIIe arrondissement. Entre deux vols vers la Chine ou une autre contrée lointaine, êtes-vous allé à la rencontre de la femme de 18e, de la femme de banlieue, ou de la femme de province, qui sont tout aussi légitimement françaises que votre parisienne de la rue du Bac ?

Êtes-vous conscient de la prétention de votre article ? Êtes vous conscient que vous tenez un discours totalement surréaliste ? J’ai le sentiment de lire du mauvais Florian Zeller. Et c’est ainsi que vous définissez les Françaises, ou la Parisienne si vous préférez ? Des femmes savantes, des amoureuses égarées entre leur narcissisme et leur Jansénisme ? Nous sommes définitivement dans la fiction, dans un mauvais Lelouch

A votre « Sacrées françaises », j’ai simplement envie de répondre « Sacré François, réveillez-vous »

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